Rachid Taha : "J’aime mieux jouer pour des gens ordinaires"

Le 03/11/2009 à 18h11, par SFR Live Concerts

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Rachid Taha : "J’aime mieux jouer pour des gens ordinaires"

Bonjour, c’est le 8ème album-studio de Rachid Taha en trente années d’exercice rock exemplaire. Produit avec la complicité de l’ex-Louise Attaque Gaëtan Roussel, qui avait, entre autres, accompagné le dernier et lumineux Bashung, l’album est un pari gagné sur le naturel. Organique et oxygène, inspiré par Elvis avec une pointe de nostalgie country, Bonjour marque surtout le retour de Rachid après trois années d’absence. Rencontre en forme de salutation distinguée avec l’un des plus solide pilier du rock hexagonal.

 

Exit Bashung et Gainsbourg. Nino Ferrer nous a aussi a quittés. Et tandis que Johnny s’essouffle et que Dutronc sort de temps à autres de sa nébuleuse, le club des rockers bleu blanc rouge devient un numerus clausus de plus en plus restreint. Il nous reste Jean-Louis Aubert et Bertignac, Murat et Manset, Daniel Darc…et Rachid Taha, justement. L’homme qui faisait swinguer le Douce France de Trénet, et qui réveillait la France de son Bleu de Marseille avec son groupe de fusion reggae-raï-rock Carte de Séjour, a traversé trois décennies sans jamais renier un esprit rock aussi généreux que rebelle. Un esprit rock qu’il a partagé sur les scènes planétaires avec des artistes aussi cultes que Richie Havens, Los Lobos, Brian Eno, Patti Smith ou Robert Plant. Voici quinze jours, le légendaire Mick Jones du Clash le retrouvait à Marseille face au public pour interpréter sa version désorientée de Rock el casbah. Rockeur globetrotter invétéré, Rachid a pourtant choisi de poser ses valises aux Lilas, dans la banlieue est parisienne. Là, dans une rue paisible il a investi une petite maison où il s’est ménagé un studio. Car Rachid a toujours de nombreux projets en cours. Après son autobiographie Rock la casbah (par Rachid Taha & Dominique Lacout, Flammarion) publiée l’an passé, il veut tourner un documentaire sur le thème de l’émigration où il interroge des personnalités comme Birkin ou Lagerfeld sur la chanson qui les a accompagnés dans l’exil. Mais pour l’heure, notre rocker songe surtout à la solide tournée française qui accompagne cet automne la sortie de son Bonjour. Bonjour Rachid, donc…

Comment as-tu rencontré Gaëtan Roussel ?
On s’est croisés dans un bar où je trainais souvent à coté de la Belleviloise, dans le XXéme. C’est un peu comme Rodolphe (Burger) que m’avait présenté Bernard Meyet, mon premier manager. Car Bernard avait aussi été le manager de Kat Onoma. Figure-toi que Rodolphe Burger est originaire de Sainte-Marie-aux-Mines. Et quand j’ai débarqué d’Algérie en France, c’est justement là que je me suis retrouvé. Donc plein de trucs nous lient avec Rodolphe. Bien entendu, on ne s’est pas rencontrés à Sainte-Marie-aux-Mines car lui appartenait à la grande bourgeoisie alsacienne et moi pas vraiment.

Toi, c’était plutôt la petite bourgeoisie !
Très petite, on va dire. Mais, avec Rodolphe, on est un peu comme deux frères jumeaux, on a le même historique et, lui et moi, on est un peu les enfants de Bernard Meyet. Je lui ai proposé de faire un duo et on l’a enregistré pour son album. Et c’est devenu L’Arabécédaire. Mais pour mon propre album, j’étais dans ce trip country et c’est à ce moment justement que j’ai rencontré Gaëtan. On s’est bien entendus. Et à force de discuter, l’idée a germé de faire un patchwork du coté français-arabo-américain. Ce qu’il a de génial c’est que l’ami Gaëtan avait fait aussi le dernier album de Bashung… que je connaissais depuis trente ans. C’était un peu mon grand-frère, lui aussi. En tout cas, j’ai eu tout de suite l’idée d’appeler mon album Bonjour.

Une nouvelle manière de te présenter ?

C’était une façon de se demander : pourquoi les gens ne disent plus "bonjour" ? Le premier acte du matin c’est de dire "bonjour", c’est ce qui m’a donné l’envie d’imaginer une sorte de comédie musicale à la Jacques Demy ou à la Vincente Minelli où les héros sortent de chez eux et au beau milieu du dialogue, ils se mettent à chanter. C’est un peu aussi à la manière de Bollywood. Tout est parti de là. Mais surtout Bonjour, je l’ai écrite en direct pour ma compagne.

La femme qui t’a pratiquement sauvé la vie en secouant tes habitudes de célibataire ?

Oui, et lorsque tu fais une chanson à l’africaine, comme celle-ci, c’est toujours improvisé en direct : oui je t’aime ah mon amour… elle était là devant moi bien entendu. Elle était en train de me photographier. C’est d’ailleurs elle qui fait la photo de la pochette, elle est photographe. Elle fait aussi le stylisme et le clip. Son nom est Barbara d’Alessandri. Il n’y a pas que de la country dans cet album mais surtout un coté rock naturel et acoustique très en avant.

On a l’impression que tu as voulu faire un Rachid Unplugged ?
Complètement. C’est vrai, j’avais envie de ce côté acoustique. Car, au départ, ma musique est acoustique. Auparavant, avec Steve Hillage, elle était électronisée. Ces chansons étaient aussi très longues, elles duraient souvent 5 ou 6 minutes. Là, j’avais envie de compositions courtes pour aller droit à l’essentiel.

Tu t’étais aussi peut être lassé de ce son électronique ? 

C’est vrai, j’avais envie de changer. Voilà Voilà ou Non non non, c’était bien à l’époque car cela me correspondait, mais aujourd’hui j’avais vraiment envie d’avancer vers une nouvelle direction. Car ce que j’aime avant tout, ce sont les voix et aussi le fait de raconter une histoire. Souvent je regarde des films en fermant les yeux.

Comme si tu étais non-voyant.
Exact. J’adore écouter parler un mec comme Michel Simon par exemple, ou un William Sabatier qui fait la voix Française de John Wayne. Mon kiff, c’est de m’endormir en écoutant les voix des comédiens des Cinq dernières minutesÇa m’inspire.

Justement, tout est signé Taha/Taha sauf les deux collaborations avec Gaëtan et Bruno Maman.
J’avais carrément écrit une soixantaine de chansons. Et, en stock, j’en ai genre 150. L’album précédent date d’il y a deux ans, donc en deux ans j’ai fait 150 chansons, c’est costaud.

Tu es comme Prince !
Moi si je pouvais, je ferais un album tous les quinze jours. Et je varierais les plaisirs, un jour un album de variété, avec des chansons à la Johnny Hallyday, d’autres à la Higelin. Il y a cette chanson intitulée Pépé le moko. Un journaliste du Independant vient de faire un papier où il disait que si je pouvais chanter en anglais, je serais le plus grand chanteur de rock du monde. Alors je vais m’y mettre. Mais cool, un peu à la manière de Peter Sellers dans The Party.

Sinon tu joues énormément ?
Tu sais en dix ans j’ai du donner 1890 concerts. Et je n’en ai jamais annulé un seul.

Tu n’as jamais accepté de concert privé à Dubaï ou ailleurs ?
Je n’ai jamais joué dans ces trucs-là. Pas une seule fois. Jamais de la vie.

Pourtant on a du te proposer cent fois le coup du Sheikh avec provision !
J’ai toujours refusé.

Mais des anniversaires de princes y’en a tous les jours !
C’est pas mon truc.

Pourtant t’aurais pu faire du cash facile… ils t’envoient le jet et tout !

J’aime mieux jouer pour des gens ordinaires. Qu’est ce que tu veux que j’aille foutre à Oman ou à Dubaï ? Moi j’ai envie de jouer dans des endroits où je me sens bien. J’aurais du mal à être au service de quelqu’un. Et ce genre de contrat c’est un peu ça.

 

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